Saviez-vous que l'écart de coût fiscal entre un véhicule thermique et un électrique équivalent peut atteindre 48 529 € sur cinq ans pour une société belge ? Depuis la loi du 25 novembre 2021, trois régimes distincts coexistent selon la date de commande du véhicule, ce qui plonge de nombreux dirigeants et indépendants dans une confusion compréhensible. Un mauvais choix peut peser très lourd sur la trésorerie d'une entreprise. Au Bureau Comptable et Fiscal Robin Laurent, à Jambes, nous accompagnons au quotidien des TPE, PME et indépendants confrontés à ces arbitrages complexes. Cet article répond aux questions les plus fréquentes sur les frais de voiture déductibles en Belgique, du calcul du taux de déductibilité aux règles TVA, en passant par le leasing et le coût réel d'une voiture de société.
Pour les véhicules à moteur thermique commandés avant le 31 décembre 2025, la formule officielle de déductibilité est la suivante : 120 % – (0,5 × coefficient de carburant × grammes de CO2/km). Les coefficients varient selon le type de carburant : 1,0 pour le diesel, 0,95 pour l'essence, le LPG et le biocarburant, et 0,90 pour le CNG (gaz naturel comprimé), à condition que la puissance fiscale soit inférieure à 12 chevaux fiscaux. Pour bénéficier d'un accompagnement sur mesure dans ces calculs, notre cabinet propose une gestion comptable et fiscale adaptée aux spécificités de chaque entreprise.
Le résultat obtenu est plafonné à 100 % au maximum et ne peut descendre en dessous de 50 %. Si les émissions dépassent 200 g CO2/km, ce plancher tombe à 40 %.
Prenons deux exemples concrets. Une voiture diesel émettant 145 g CO2/km donne : 120 % – (0,5 × 1,0 × 145) = 47,5 %. Le plancher de 50 % s'applique donc. Une voiture essence à 120 g CO2/km : 120 % – (0,5 × 0,95 × 120) = 63 %. Ce taux s'applique tel quel, puisqu'il se situe entre 50 % et 100 %.
C'est ici que la complexité s'intensifie. La réforme belge distingue trois régimes fiscaux distincts, et c'est la date du bon de commande signé — et non la date de livraison — qui détermine le régime applicable. Depuis le 1er janvier 2026, les ASBL sont également soumises aux mêmes règles de déductibilité que les sociétés commerciales (régime de l'impôt des personnes morales), sans aucun régime dérogatoire.
Le premier régime concerne les véhicules commandés avant le 1er juillet 2023. La formule CO2 s'applique normalement, avec une déductibilité comprise entre 40 % et 100 %, sans plafonnement progressif. Ce régime reste stable dans le temps.
Le deuxième régime vise les véhicules commandés entre le 1er juillet 2023 et le 31 décembre 2025. La formule CO2 s'applique, mais un plafonnement dégressif entre en jeu :
Le troisième régime, applicable aux véhicules commandés à partir du 1er janvier 2026, est radical : la déductibilité tombe à 0 % pour tout véhicule thermique ou hybride, sans exception. L'accord de gouvernement Arizona d'avril 2025 a confirmé et renforcé ce calendrier de verdissement, sans revenir sur les dispositions de la loi du 25 novembre 2021. Ce calendrier est en outre inscrit dans le Plan de Relance et de Résilience belge validé par l'Union européenne, ce qui le rend juridiquement très difficile à réviser unilatéralement : les échéances de 2026, 2027 et 2028 doivent être considérées comme définitives pour toute planification fiscale.
Conservez précieusement vos bons de commande. Un véhicule commandé le 28 décembre 2025 mais livré en mars 2026 bénéficie encore du régime transitoire. En cas de leasing, c'est la date de signature du contrat qui fait foi.
À noter : Depuis le 1er janvier 2026, les véhicules diesel Euro 5 sont interdits de circulation en Région bruxelloise dans le cadre de la LEZ permanente, avec un contrôle automatisé par caméras ANPR et une première amende de 350 € envoyée trois mois après la première infraction constatée. À l'horizon 2030, tous les diesels seront interdits à Bruxelles, et à 2035, les véhicules essence, LPG et CNG suivront. Des restrictions similaires s'appliquent à Anvers et Gand. Pour toute entreprise dont des travailleurs circulent régulièrement dans ces zones, un véhicule thermique vieillissant représente un risque opérationnel concret — en plus du surcoût fiscal. Les véhicules électriques sont exemptés de toutes restrictions LEZ dans les trois villes concernées.
La réponse dépend de votre statut juridique et du type d'hybride que vous possédez. Un véhicule hybride rechargeable peut être qualifié de « faux hybride » par l'administration fiscale si sa capacité de batterie est inférieure à 0,5 kWh par 100 kg de poids du véhicule, ou si ses émissions dépassent 75 g CO2/km depuis l'entrée en vigueur de la norme Euro 6e-bis en 2026. Dans ce cas, il suit le régime fiscal des véhicules thermiques purs. Il est important de préciser que les hybrides non rechargeables — mild hybrid (MHEV) et full hybrid non plug-in (HEV) — sont systématiquement classés dans la même catégorie fiscale que les véhicules thermiques purs. Leur déductibilité est donc uniquement calculée selon la formule CO2 standard, sans aucun avantage lié à leur motorisation hybride. Seuls les hybrides rechargeables (PHEV) bénéficient d'un traitement fiscal distinct.
Pour les sociétés, depuis le 1er janvier 2026, les frais de carburant fossile des hybrides rechargeables ne sont plus du tout déductibles. Seule l'électricité de recharge reste déductible à 100 %.
En revanche, les indépendants en personne physique conservent une déductibilité partielle. Pour un PHEV émettant 50 g CO2/km ou moins, la formule 120 % – (0,5 % × g CO2/km) s'applique, avec un plafond aligné sur le taux des véhicules électriques. Cette asymétrie entre le régime IPP et le régime société mérite une attention particulière : si vous êtes indépendant et roulez en hybride rechargeable, évaluez l'impact fiscal avant toute décision de vous constituer en société, car cette transformation pourrait supprimer un avantage fiscal dont vous bénéficiez encore.
Exemple : Marianne Claessens, architecte indépendante à Namur, roule avec un PHEV essence émettant 32 g CO2/km. En personne physique, sa déductibilité calculée atteint 120 % – (0,5 × 0,95 × 32) = 104,8 %, plafonnée à 100 %. Son comptable lui a déconseillé de passer en société cette année : en société, les frais de carburant fossile de ce même véhicule seraient totalement non déductibles depuis le 1er janvier 2026, et seuls ses frais d'électricité de recharge resteraient déductibles à 100 %. En conservant son statut d'indépendante en personne physique, elle préserve un avantage fiscal significatif sur l'ensemble de ses frais automobiles.
Oui, et c'est l'un des rares points simples de cette réforme. Tous les véhicules 100 % électriques (et à hydrogène) commandés avant le 1er janvier 2027 bénéficient d'une déductibilité à 100 %, figée définitivement pour toute la durée d'utilisation du véhicule. Ce taux couvre l'intégralité des frais : achat ou loyers de leasing, électricité de recharge, entretien, assurance.
À partir de 2027, un calendrier dégressif s'appliquera aux nouvelles acquisitions : 95 % en 2027, 90 % en 2028, jusqu'à un plancher de 67,5 % à terme.
L'avantage ne s'arrête pas là. L'ATN (Avantage en Toute Nature) d'un véhicule électrique est calculé avec un taux CO2 forfaitaire fixé à 4 %, le minimum légal, contre un taux pouvant atteindre 18 % pour un thermique. Les valeurs de référence CO2 pour 2026 utilisées dans la formule de l'ATN sont fixées à 70 g/km pour les véhicules essence (y compris PHEV essence, LPG et CNG) et 58 g/km pour les véhicules diesel (y compris PHEV diesel). L'ATN minimum légal 2026 est de 1 690 €/an (soit environ 140,83 €/mois), en hausse par rapport à 1 650 €/an en 2025. Une réduction de 500 €/an s'applique si le véhicule est utilisé pour les trajets domicile-travail.
Concrètement, une Tesla Model 3 d'une valeur catalogue de 55 000 € génère un ATN annuel de seulement 1 885,71 €, contre 3 500 à 5 500 € pour un véhicule thermique équivalent. Sur quatre ans, l'économie d'ATN peut atteindre 8 500 € net.
Si vous envisagez un véhicule électrique de société, il est urgent de commander ou de signer un contrat de leasing avant le 31 décembre 2026 pour figer définitivement cette déductibilité maximale.
À noter : Depuis fin août 2024, il n'existe plus aucune déductibilité majorée (supérieure à 100 %) sur les bornes de recharge professionnelles. Les avantages exceptionnels ont disparu progressivement (200 % jusqu'à fin 2022, puis 150 % jusqu'à août 2024). Les frais d'installation et d'exploitation d'une borne restent déductibles comme frais professionnels dans les conditions normales. En revanche, l'électricité utilisée pour recharger un véhicule électrique ou un PHEV de société demeure déductible à 100 % comme frais professionnel, que la recharge ait lieu au bureau ou que l'employeur rembourse la recharge à domicile.
Voici un point qui prête souvent à confusion : la TVA est plafonnée à 50 % pour toutes les voitures de tourisme, quel que soit le type de motorisation. Une voiture électrique déductible à 100 % à l'impôt des sociétés n'ouvre donc pas droit à une récupération de TVA à 100 %. Déductibilité fiscale et récupération de TVA sont deux mécanismes totalement indépendants.
Trois méthodes existent pour déterminer la TVA récupérable : la méthode des kilomètres professionnels réels (plafonnée à 50 %), la méthode semi-forfaitaire (basée sur la distance domicile-travail multipliée par 200 jours, majorée de 6 000 km forfaitaires), et le forfait fixe de 35 % sans justification ni carnet de bord. Attention : les trajets domicile-lieu de travail fixe sont considérés comme privés pour le calcul de la TVA.
Exception notable : les véhicules utilitaires homologués N1 (camionnettes) permettent de récupérer 100 % de la TVA et bénéficient d'une déductibilité à 100 % même pour un moteur thermique commandé en 2026.
Sur le plan de la déductibilité fiscale, les règles sont strictement identiques à l'achat et en leasing opérationnel. C'est la date de signature du contrat qui détermine le régime fiscal applicable. Les loyers de leasing constituent des frais professionnels déductibles au même titre qu'un amortissement.
Le leasing opérationnel offre toutefois des avantages pratiques non négligeables : pas d'immobilisation de capital, frais d'entretien souvent inclus dans le loyer, et souplesse pour renouveler plus fréquemment le parc automobile.
Attention cependant au piège du leasing thermique en cours. Si vous avez conclu un contrat en 2024 pour un véhicule thermique, votre loyer mensuel reste inchangé, mais la déductibilité décroît chaque année : 50 % en 2026, 25 % en 2027, 0 % en 2028. Le coût fiscal réel de ce leasing augmente donc continuellement malgré un loyer brut identique. Ce piège mérite une réévaluation immédiate.
Exemple : Benoît Falmagne, gérant d'une PME de dix personnes à Ciney, a signé en octobre 2024 un leasing de 48 mois pour un SUV diesel émettant 158 g CO2/km, avec un loyer mensuel de 850 € HTVA. En 2025, sa déductibilité plafonnée s'élève à 50 % (plafond du régime transitoire, inférieur au résultat de la formule CO2). En 2026, ce plafond descend à 50 % — mais dès 2027, il tombe à 25 %, et à 0 % en 2028. Sur les deux dernières années de son contrat, les loyers versés (20 400 €) seront intégralement réintégrés en dépenses non admises (DNA) et taxés à 25 % à l'ISoc, soit un surcoût fiscal de 5 100 €. Son comptable lui a recommandé de négocier une résiliation anticipée du leasing et de passer à un véhicule électrique avant la fin 2026, pour figer une déductibilité à 100 % sur le prochain contrat.
Ne comparez jamais deux offres uniquement sur le prix catalogue ou le loyer mensuel brut. L'approche pertinente consiste à raisonner en TCO (Total Cost of Ownership) après impôts, en intégrant quatre composantes essentielles : le taux de déductibilité fiscale applicable, la cotisation CO2 ONSS, la TVA non récupérable, et l'ATN imposable pour le dirigeant ou le travailleur.
La cotisation CO2 ONSS mérite une attention particulière. Les formules de base de calcul mensuel, avant indexation et avant multiplicateur, varient selon le carburant : pour l'essence, [(taux CO2 × 9 €) – 768] / 12 ; pour le diesel, [(taux CO2 × 9 €) – 600] / 12 ; pour le LPG et le CNG, [(taux CO2 × 9 €) – 990] / 12. Si les données CO2 du véhicule sont inconnues, la base est calculée sur 182 g/km (essence) ou 165 g/km (diesel). Le coefficient d'indexation 2026 à appliquer est de 1,6291 (contre 1,5948 en 2025). Pour les véhicules commandés après le 1er juillet 2023, un multiplicateur s'ajoute : ×4 en 2026, ×5,5 en 2027. Concrètement, un véhicule thermique commandé après juillet 2023 génère une cotisation de 483 €/mois en 2026, contre seulement 33,93 €/mois pour un véhicule électrique. Pour une flotte de dix véhicules thermiques, la cotisation CO2 représente une sortie de trésorerie trimestrielle d'environ 15 000 € en 2026. Précision importante : la cotisation CO2 ONSS est elle-même intégralement déductible à 100 % comme charge professionnelle à l'impôt des sociétés, contrairement aux frais de voiture soumis à la formule CO2. Cela atténue légèrement son impact brut dans le TCO, mais ne compense en rien son explosion liée au multiplicateur.
Conseil : Lorsque deux valeurs d'émissions CO2 sont disponibles pour un même véhicule (valeur NEDC 2.0 et valeur WLTP), l'employeur peut choisir librement la valeur la plus favorable pour calculer la cotisation CO2 ONSS. Si une seule valeur est disponible, elle s'applique obligatoirement. Cet écart peut représenter une économie mensuelle significative : vérifiez systématiquement le certificat de conformité (COC) de chaque véhicule avant toute déclaration trimestrielle à l'ONSS.
N'oubliez pas le mécanisme des DNA (Dépenses Non Admises) : la fraction des frais de voiture non déductible est réintégrée dans la base imposable de la société et taxée à 25 % (ou 20 % pour les PME sur les premiers 100 000 € de bénéfice). Cette charge s'additionne à l'ATN imposé au bénéficiaire du véhicule, sans compensation entre les deux.
Au-delà du calcul strictement fiscal, la politique de flotte est devenue un enjeu de marque employeur à part entière. Selon l'enquête SD Worx 2024, 42 % des candidats à un emploi refusent une offre si la voiture de société proposée est thermique. Pour les PME en concurrence sur le marché du recrutement, proposer une flotte électrique peut constituer un argument décisif face à des employeurs concurrents, indépendamment du seul avantage fiscal.
L'ensemble de ces paramètres rend toute simulation complexe et sujette à erreur si elle est réalisée sans expertise comptable. Au Bureau Comptable et Fiscal Robin Laurent, à Jambes, nous modélisons le TCO complet de chaque scénario — achat, leasing, thermique ou électrique — pour vous permettre de prendre la décision la plus éclairée. Nos prestations couvrent l'optimisation fiscale, l'analyse financière et le conseil stratégique personnalisé, précisément adaptés aux enjeux de mobilité des dirigeants de PME et des indépendants. Si vous envisagez d'acquérir ou de renouveler un véhicule de société, contactez-nous pour une simulation chiffrée avant toute décision.